|
Développement durable
"Les écrivains et
les poètes ont décrit et chanté les charmes
de la vallée du Doubs; nous aimerions les suivre dans cette voie,
mais nos faibles moyens ne nous permettent pas de gravir les côtes,
et nous obligent à dévaler des crêtes par des sentiers ardus,
afin de mettre nos lecteurs en face de problèmes que les
progrès techniques et les besoins économiques
imposent à leur attention.
Laissons donc les muses à leurs nobles sentiments
et à leurs pensées sublimes;
descendons vers la terre et l'eau
pour faire une rapide excursion sur le Doubs franco-suisse."
(Extrait du Bulltin de l'Association pour le défense des intérêts
du Jura de mai 1959)

Le texte ci-dessus laisse
apparaître l'état d'esprit qui, à l'époque,
a justifié la construction des barrages sur le Doubs,
et surtout les modalités d'utilisation des installations
hydro-électriques.
Les amoureux de la nature
sont de Doubs rêveurs,
la vérité et les choses sérieuses sont ailleurs....
Ainsi, d'autres rêves
ont la cote :
Progrès technique,
rentabilité, toute puissance de la science et de la raison,
richesse matérielle, pouvoir, confort, domination
de la nature....
Comment dès lors accorder
de la valeur à
la présence d'une rivière, à sa faune, au potentiel
de ressourcement qu'elle peut procurer....
Et pourquoi un cours
d'eau serait-il digne de respect ?
Mais qui sont les grands
rêveurs ?
N'est-ce pas ceux qui,
alors même qu'ils parlent de retourner
vers la terre et l'eau, imaginent qu'on pourra indéfiniment
les traiter en dépotoirs, les exploiter sans scrupules
et sans respect, au profit d'un mythe matérialiste
bien incapable d'apporter le bonheur ?
Le rêve n'a pas fait ses
preuves, et il devient nécessaire de changer de cap.
C'est ainsi qu'un concept
moderne prend naissance, tenant
compte de l'expérience passée, des acquis et des
erreurs commises :
Le développement durable
De manière à pouvoir
profiter de ce que la nature
nous offre, et d'être à même de léguer celle-ci en bon état
aux générations futures, il faut sensiblement
revoir notre fonctionnement.
Dès lors, il s'agit de
concilier protection de la nature, économie
et tourisme, dans un nouvel équilibre qui puisse fonctionner
durablement.
A cet effet, on revisite
l'ancienne conception consistant
à créer quelques "réserves d'indiens" (les réserves
naturelles) dans lesquelles presque tout est interdit sauf d'interdire,
et en dehors desquelles on peut "y aller à fond".
Le défi a relever, acte
de foi, consiste à penser qu'il est
possible de bien vivre tout en exploitant
raisonnablement la nature, ceci dans une perspective
à long terme.
Il s'agit, au bénéfice
de l'expérience acquise,
de passer des extrêmes à la modération...
Pour le Doubs, exemple
parlant, qu'en est-il ?
Le fonctionnement actuel
des installations hydro-électriques
répond à une logique de rendement et de profit
maximum.
On ne produit du courant
que lorsque la demande est la plus
forte, (les heures de pointe en semaine), c'est ainsi que faune,
promeneurs, pêcheurs, navigateurs et baigneurs
du week-end, se voient proposer un Doubs en stand by,
dont le débit est réduit au rythme du jour du Seigneur.
Ce n'est pas tout : de
manière à ne pas perdre le moindre
kilowatt, on ouvre et ferme brutalement les turbines.
En aval, l'arrivée
brutale de l'eau, telle une chasse d'eau,
emporte tout sur son passage, petite faune du fond,
alevins, frayères, éventuels campeurs imprudents
sur les berges....
On ferme alors l'eau
brutalement. Les berges inondées
sont ainsi brusquement asséchées, sans que la
petite faune et les alevins s'y étant aventurés n'aient eu
le temps de fuir. Ils meurent alors sur place,
ou sont la proie des oiseaux.
Dans le cas du Châtelot,
50 ans de ce régime
laisse des traces...
Il est toutefois possible
de faire mieux, et les
associations de pêche, à l'issue d'un essoufflant combat
débuté en 1960 déjà, ont obtenu que les modalités
de fonctionnement des usines tiennent compte d'autres intérêts
que le rendement maximum à court terme.
Les effets de
l'augmentation des débits
de restitution et de la modulation des éclusées
seront bientôt visibles, et la perte subie par les usiniers,
grâce à la mise en place d'une nouvelle turbine au pied du barrage,
sera de mois de 4%...
le Doubs doit bien valoir cela !!
Dès lors pourra-on, le
week-end, délaisser téléviseurs et jeux
vidéo gourmands en électricité, pour profiter des joies
simples et saines qu'un Doubs revitalisé pourra nous offrir.
Haut
|