Manque
d’habitats naturels et pollutions chimiques
La
rectification des cours d’eau et la destruction de la végétation des
rives datent souvent de plusieurs décennies, mais leurs effets
se font encore sentir aujourd’hui : des biotopes plutôt isolés dans un
paysage monotone, qui enlèvent aux poissons toute possibilité de fuir
les dangers et les empêchent d’accéder aux frayères.
L’isolement
des habitats réduit aussi la diversité génétique des populations.
Par
ailleurs, même si la pollution chimique des cours d’eau a nettement
reculé au cours des 30 dernières années, il est prouvé que
certaines substances ont encore des effets nocifs, p. ex.
les composés
azotés – comme le nitrite et l’ammonium – et
les pesticides,
qui sont toxiques pour les poissons, et
les substances hormonales,
qui
influent sur leurs organes reproducteurs.
Maladie
infectieuse (MRP) et réchauffement climatique
Au
cours de ces recherches sur la santé des poissons, il a été fait des
investigations sur la maladie rénale proliférative (MRP ; en anglais PKD
«proliferative kidney disease»), découverte pour la première fois en
Suisse en 1979. Cette maladie a été constatée en 2000 et 2001 en 190
emplacements sur les 462 observés, plus particulièrement dans les eaux
du Plateau. La MRP entraîne un gonflement des reins et le plus souvent la
mort des poissons. Elle apparaît lorsque la température de l’eau dépasse
15°C pendant plus de deux semaines. Or la température des eaux suisses a
augmenté d’environ 1°C entre 1978 et 2002.
Cette hausse est due
principalement aux changements climatiques.
Ce réchauffement de l’eau non seulement favorise la propagation de la
MRP, mais réduit les habitats propices aux truites. Les eaux du Plateau
sont trop chaudes pour elles.
La
baisse des populations de poissons est surtout due à l’effet conjugué
de plusieurs facteurs, qui peut être pire qu’une simple
cumulation. A
preuve, l’apparition de la MRP à cause de la hausse de la température
de l’eau ou l’affaiblissement général des poissons à cause du «cocktail
chimique» dans les eaux.
Prendre
les mesures adéquates
Ces
découvertes sont autant de pistes de mesures ou de solutions. Il importe
néanmoins de différencier les causes d’un cours d’eau à l’autre.
Il faut donc absolument adapter les mesures aux conditions locales.
Il
faut d’abord améliorer la qualité des milieux naturels. Il s’agit de
mieux relier les cours d’eau, de favoriser la végétation des rives et
de veiller à ce qu’il y ait toujours un débit suffisant.
Il
faut aussi fixer et respecter des normes de qualité pour toutes les
substances
entrant en ligne de compte. La loi sur la protection des eaux
doit être mieux appliquée et contrôlée.
Il
faut enfin améliorer la gestion des eaux. Les poissons des eaux infestées
par la MRP ne doivent pas être immergés dans des eaux exemptes de cette
maladie ou n’ayant pas encore été analysées. Les repeuplements
doivent être réalisés dans le cadre de programmes. Il faut aussi une
surveillance systématique des populations de poissons afin de suivre le développement
à long terme et les effets des mesures.
Suite
du projet et bureau de conseil
Les
mesures nécessitent des informations approfondies, une formation et un
soutien lors du suivi. Fischnetz va donc aider les cantons et les
organisations de pêche à mettre en œuvre les mesures, grâce à un
projet d’amélioration de la qualité des eaux et des prises de pêche («Optimierung
der Fischfangerträge und der Gewässerqualität»). Dès le mois
d’avril 2004, la pisciculture disposera d’un bureau de conseil FIBER,
dirigé par l’EAWAG, l’OFEFP et la FSPP.

Exposé
de M. Philippe Roch, directeur de l’Office fédéral de
l’environnement, des forêts et du paysage (OFEFP)
Le
projet Fischnetz doit aboutir à un grand nombre de mesures concrètes.
La
diminution du nombre des poissons dans les eaux suisses n’est pas due à
une seule cause mais résulte de la convergence d’influences très
diverses. Le recul des poissons est un exemple très parlant de la
complexité de la nature, où tous
les éléments sont liés les uns aux autres.
Parmi
toutes les causes examinées, cinq demandent une action immédiate et
globale :
1.
Stopper le réchauffement de l’eau.
La première mesure à prendre est
d’assurer des débits résiduels ainsi que
des débits d’étiage
suffisants, afin que la température de l’eau reste supportable pour les
poissons. A plus long terme, il faut agir dans le
domaine de l’énergie pour lutter contre les changements climatiques.
Le
rapport final indique que la température des cours d’eau a augmenté de
0,4 jusqu’à 1,6°C au cours des 25 dernières années, conséquence
directe du réchauffement climatique. Une eau plus chaude réduit
l’habitat idéal des truites de rivière sur le
Plateau et favorise la propagation de la maladie rénale
proliférative.
Le réchauffement
de l’eau démontre le lien étroit entre les effets locaux et les
changements planétaires. La Suisse participe aux efforts
internationaux pour contrôler les changements climatiques. Ces efforts
visent en particulier à réduire nettement les émissions
de CO2 pour atténuer l’effet de serre. La planète est encore loin de
l’objectif, même la Suisse n’a pas réussi
à réduire sensiblement les émissions de CO2.
2. Coopérer
avec l’agriculture pour améliorer la morphologie des eaux.
Les
rivières
canalisées et endiguées doivent être revitalisées afin de retrouver un
état proche du naturel. Selon le rapport final, la
diversification des rivières
et des ruisseaux est une condition essentielle pour reconstituer des
populations de poissons. Dans ce domaine,
l’agriculture joue un rôle important de partenaire. Quatre offices fédéraux
– OFEFP, OFEG, OFAG et ARE –
ont défini l’aspect futur des cours d’eau dans une brochure intitulée
« Cours d’eau suisses : idées
directrices ». C’est une bonne base de partenariat ; elle sera encore développée
par la suite pour doter les cours
d’eau de suffisamment d’espace, structurer plus richement le lit des
rivières et diversifier les rives et les
berges.
3. Agir
rapidement contre la pollution de l’eau
Exemple du nonylphénol. Il
faut étudier plus exactement les effets
sur les êtres vivants des
produits chimiques les plus usités. Les produits reconnus comme dangereux
ne doivent plus être vendus.
Le
rapport fait état de 500 tonnes de détergents industriels dont la dégradation
dans les stations d’épuration produit
du nonylphénol. Cette substance est un polluant critique à cause de ses
effets endocriniens (féminisation
des poissons). La Suisse
interdit depuis 1986 les substances à base de nonylphénol dans les
lessives utilisées par les particuliers. Elle a ainsi
obtenu une très nette réduction de la pollution de l’eau.
Le
nouveau droit qui régira les produits chimiques, en consultation depuis
mi-décembre 2003, prévoit aussi de nouvelles
dispositions pour les détergents industriels et autres substances dont la
dégradation produit du nonylphénol. Il
s¹agira notamment d¹interdire la mise en circulation de détergents
industriels à base de nonylphénol.
Le nouveau droit entrera en vigueur début 2005. Comme la mise en oeuvre
comprend une année de délai transitoire, les nonylphénols devraient
donc pour ainsi dire disparaître en 2006.
4.
Préserver les caractéristiques génétiques des populations locales de
poissons.
La gestion des
populations est fortement orientée sur la production de jeunes poissons
destinés au repeuplement. Il faut pour ce faire tenir
compte des races locales et éviter
la propagation des maladies comme la maladie rénale proliférative.
5.
Se concentrer sur les sites critiques pour la gestion des oiseaux
piscivores.
La gestion des prédateurs naturels des poissons doit être ciblée sur
les cours d¹eau fortement fréquentés par les oiseaux piscivores. Le
projet Fischnetz a mis en évidence les problèmes de fond. Il nous a également
convaincus de la nécessité de développer une stratégie commune pour améliorer
la situation. Le projet a pris d¹autant plus d¹importance qu¹il a réussi
à mobiliser la recherche (EAWAG), l¹administration (OFEFP), des cantons
(Berne et St-Gall), des pêcheurs (FSPP) et l¹industrie chimique (SSIC).
La compréhension qui a régné au sein de ce groupe et la dynamique qui
en est ressortie doivent absolument être maintenues pendant la mise en
oeuvre des solutions.
Et cela commence
aujourd'hui.
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