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Le barrage du
Châtelot

Le barrage du
Châtelot est le plus conséquent des 3 ouvrages
du Doubs franco-suisse. L'eau prélevée dans le lac artificiel
vient alimenter l'usine électrique du Torret, située 3.8 kilomètres en aval.

Entre deux, le tronçon "courcircuité" n'est alimenté que
par un l'actuel débit de restitution de 250 litres/seconde,
sauf en cas de crue, où
l'eau coule par dessus du barrage
(voir photo ci-dessus).
Le Châtelot étant
situé en amont des autres installations
hydro-électriques, il détermine le débit disponible
pour les ouvrages suivants.

Caractéristiques
:
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Construction :
1951-1953
-
Mise en service de l'usine
: 4 novembre 1953
-
Durée de concession : 75
ans, jusqu'en 2028
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Exploitation : EDF + ENSA
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Production annuelle moyenne
: 100 millions de KWH répartis entre France et Suisse,
il assure
actuellement le 10% de la production neuchâteloise.
-
Altitude supérieure du
plan d'eau : 716 m
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Altitude de l'usine : 619 m
-
Hauteur des fondations : 74
m
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Longueur du couronnement :
150 m
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Epaisseur en pied : 14 m
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Epaisseur en crête : 2 m
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Volume de la retenue : 20
millions de m3
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Débit de restitution de
1953 à 1969 : 50 litres/seconde
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Débit de restitution de
1969 à 2004 : 250 litres/seconde
Projet pour 2005 :
Dans une perspective de
développement durable,
il est prévu de modifier les modalités de fonctionnement du Châtelot
pour 2005. En effet, une loi française prévoit que pour des cours d'eau
comme le Doubs, le débit de restitution minimum
doit être équivalent
au 10% du débit moyen de la rivière (Doubs =25m3/seconde).
A cet effet, une nouvelle
turbine sera construite au pied du
barrage, et on procédera à un turbinage permanent de 2 m3/seconde
,
pour autant que le débit naturel du Doubs en amont le permette.
De plus, afin de limiter
les chocs dus aux brusques variations de
débit en aval de l'usine, les turbines seront actionnées
et arrêtées progressivement.
De belles améliorations
sont attendues, tant au niveau de
la faune qu'au niveau paysager.
Haut
Contexte de
construction du barrage
Edouard Michel, dans son
ouvrage "Némorin des Loutres",
nous éclaire sur le contexte dans lequel fut construit le
Châtelot et nous fait part de sa perception de cet événement :
"Il
s’agissait bien de la construction du barrage hydro-électrique
franco-suisse
qui capterait les eaux du Doubs pour les emmener à plusieurs kilomètres
en aval par une conduite souterraine.
Ce
projet déjà ancien, auquel personne ne croyait plus,
refaisait parfois
surface, ainsi que le monstre du Loch Ness.
Maintenant,
c’était donc décidé !
En moi,
quelque choses se brisait ; j’éprouvais une peine immense,
comme si une raison de vivre me quittait. je subissais une perte irréparable,
au-delà des limites de mon être.
Les
gorges allaient être dénaturées et rendues silencieuses.
En
aval de l’ouvrage, un filet d’eau remplacerait l’incomparable rivière ;
le domaine de Némorin détruit, sans que les loutres n’y puissent
revenir,
et c’en serait fini de ses truites si convoitées.

En
amont, l’Etat Mathé, la Petite Fontaine, Moron, les Iles,
avec les vestiges d’un attachant passé, avec l’histoire de 3 siècles
de la vie des hommes. Lieux merveilleux et tous différents.

Pour
les familiers, chaque pierre constituait un souvenir.
C’est ici qu’on venait s’installer pour pêcher au moment des crues ;
là se tenaient les grosses pièces. Ici, on y pêchait à la main, et
puis,
d’autres endroits favorables pour l’épervier, ou quelques écarts sur
le frai ;
ce qui n’empêchait pas la rivière de rester poissonneuse,
et, à tous, d’y trouver son compte.

Et
les Iles, en avait-on assez parlé de cet inépuisable réservoir de
truites !
Des générations en avaient capturé des tonnes
sans que jamais elles aient paru diminuer.
Moron,
qui avait été un hameau avec ses industries et sa jolie ferme,
serait également englouti.

Tous
ces lieux historiques, merveilleux, aimés, seraient donc ensevelis
sous un étang aux eaux mortes et noires, aux rives fangeuses.
Du
haut du Châtelard, on ne verrait plus scintiller le torrent
dans les profondeurs du canyon, mais à sa place apparaîtrait une
masse triste et sombre.

Cent
cinquante millions d’années de travail de la nature anéantis
pour un résultat
dérisoire !
Ces
transformations n’apporteraient-elles pas, ainsi que chez nos voisins
du
Jura, de profondes modifications dans le micro-climat,
avec formations fréquentes de brouillards ?

Haut
Durant
la semaine, revenu à mon travail, je demeurai troublé,
découragé, puis je me rappelai un événement survenu
peu après la mort de Némorin.
C’était en 1934, à l’époque
de la parution d’un article sur l'Impartial
de la Chaux-de-Fonds,
relatif au projet de barrage :
"Le
barrage du Châtelot, Némorin des loutres"
Le Locle, le 4 avril 1934 :
"Le
long hiver, qui, selon le calendrier, s’est terminé le 21 mars,
ne nous a pas apporté la reprise tant souhaitée des affaires ;
aussi,
avec le printemps, va se poser aux autorités la question importante
de l’ouverture des chantiers.
Ce
problème de l’occupation des chômeurs est plus compliqué
qu’on ne le croit généralement,
car il ne suffit pas de décréter
l’ouverture des chantiers, encore
faut-il trouver des travaux qui répondent
à une nécessité ou qui soient réellement
utiles.
Or, il
se trouve que la plupart des projets envisagés précédemment,
ont été exécutés au cours de ces dernières années,
et il ne reste plus guère que ceux n’ayant pas un caractère
de nécessité absolue ou immédiate et les projets « de luxe ».
Nos
édilités, en face des finances oblitérées des communes et de l’Etat,
pourront-elles engager sans autre de nouvelles dépenses qui ne
seraient
pas immédiatement rentables ?
On a
parlé de la construction du barrage du Châtelot et d’aucuns
ont vu là l’occasion
d’occuper 2 à 3000 chômeurs.
« Si les pouvoirs publics, pouvait-on lire dans un article
reproduit
par plusieurs journaux de la région, y mettaient l’énergie nécessaire,
dès le mois d’avril prochain, nos braves ouvriers n’auraient
plus
à se morfondre pour toucher du chômage…
il faut
espérer que tous les groupements intéressés,
les Conseillers communaux, tant français que suisses,
pousseront
activement à la réalisation de ce projet
pour lequel les conventions sont signées
depuis longtemps. »
"Si
Némorin Caille, « Némorin des loutres », vivait encore,
la question, selon lui, ne se poserait pas,
car il prétendait avoir reçu de Napoléon III lui-même
un droit sur les eaux du Doubs. « Tant que je vivrai »,
disait-il à qui voulait l’entendre, on ne touchera pas
à une seule pierre du Châtelot, et il était si sûr de son droit que
la signature des conventions l’avaient laissé parfaitement indifférent.

Mais
Némorin est décédé l’hiver dernier…et cependant il coulera
encore beaucoup d’eau dans le cirque de Mauron,
avant que la pelle et la pioche ne viennent le transformer en un
vaste lac.
Car il ne suffit pas de construire un barrage, encore faut-il vendre
l’électricité
produite, et c’est là le point névralgique de toute la question :
Où placer tous les kilowatts ? On peut dire qu’actuellement
notre pays est sursaturé d’électricité. La Dixence n’est pas assurée
de l’écoulement de toute sa production, à Kembs, il y a encore place
pour plusieurs dynamos. La construction du barrage du Châtelot
ne pourrait être intéressante que pour les villes de la Chaux-de-Fonds,
Le Locle et Saint-Imier, mais les dizaines de millions que nécessiterait
une telle entreprise ne seraient pas rentables.
Ce
projet est donc trop luxueux pour qu’il soit envisagé,
d’ailleurs, que l’on ne se fasse pas trop d’illusions, jamais
2 à 3000 chômeurs ne pourraient être occupés à une telle entreprise
puisqu’à la Dixence – un chantier combien plus vaste –
le maximum
d’hommes employés a été d’un millier environ.
Souhaitons
cependant qu’avec l’aide des pouvoirs publics,
il soit possible d’ouvrir d’autres chantiers qui constitueront un dérivatif
aux préoccupation des chômeurs d’une
portée essentiellement morale."
Une
nuit, des grondements avaient réveillé les gens du Pissoux.
Ils avaient pensé à l’orage, mais le lendemain, ces grondements sourds
et
ininterrompus avaient continué.
Intrigué
par ce phénomène, un observateur s’était rendu près de chez Némorin,
d’où semblaient venir ces bruits. Stupéfait, il avait vu la montagne
descendre vers la gorge. Les sapins restaient d’abord dans leur position
initiale
pour ensuite se coucher lentement, brisés, puis broyés dans le sol
devenu magma de boue et de pierre.
Ainsi
qu’une coulée de lave, cette masse se dirigeait vers le torrent
afin de le barrer, peu à peu, complètement.
Le
chemin du Bois Noir aussi s’en allait, intact, pour se retrouver
beaucoup plus bas.
Etait-ce
l’âme de Némorin qui se manifestait pour prêter main forte au torrent
et dissuader les promoteurs ?
Le
projet avait été en effet momentanément abandonné…

Haut
Pourtant,
ce chantier, dans une région de pleine crise horlogère,
aurait occupé des chômeurs. Mais, à cette époque, l’électricité ne
manquait pas :
à Kembs, de nombreuses turbines restaient même inutilisées, et le
manque
de réalisme de l’entreprise l’avait fait avorter.
Ces
faits me revenaient en mémoire, et je me mettais à espérer
un événement imprévisible et surnaturel qui, seul, dans l’état
actuel des choses,
serait à même de tout sauver !

Cet
épisode était déjà vieux de 20 ans. Depuis, l’âme de Némorin,
si elle avait eu quelque influence la première fois,
avait sans doute émigré dans un autre Univers !
Lorsque
je revins la semaine suivante, l’affaire était déjà bien engagée.
Le village était en liesse. En bas du pays, à l’embranchement du
chemin du Châtelot, un compresseur donnait le ton aux marteaux-piqueurs,
constituant une sono propice à la fête.
Une
jeep énervée galopait tous azimuts, pilotée par un ingénieur
aux allures d'un général de l'armée de libération.
Le
merveilleux engin avec lequel j’avais fait connaissance
le samedi précédent, au cours de son œuvre de démolition,
attaquait maintenant le grand virage des Soumêtres !
L’orme séculaire serait-il épargné ?
Le
cercle des curieux, agrandi, se renouvelait sans cesse,
ma tante demeurant la plus assidue.
Tout
était bien programmé et les opérations allaient
se dérouler comme dans un film.
Les
200 ouvriers venaient à peine d’être lancés dans l’entreprise
que les « Mak » entrèrent en action pour une ronde infernale,
avec chacun leurs 40 tonnes de pierre ravitaillant le chantier.
Grâce
aux navettes, le pays n’était plus isolé,
on pouvait maintenant se rendre au Villers ou même à Besançon
gratuitement, et quant on le désirait.
Les
charpentiers s’affairaient et, tel un gibet, l’immense échafaudage
se dressa vers le ciel. La précision du travail émerveillait les
artisans.
Une chose, cependant, étonnait : pourquoi allait-on chercher si loin
la pierre,
alors qu’elle ne manquait pas sur place ? C’est qu’elle ne
pouvait
convenir à la qualité de l’ouvrage, et d'ailleurs, aurait-elle
consenti à
cette destination suicidaire ?
La
coulée du ciment s’effectua jour et nuit et le gorge fut barrée.
Le Doubs qui, depuis des millénaires, s’en allait vers la vallée de Némorin,
quitterait désormais ces lieux.
Par une
conduite souterraine, ainsi qu'un égout,
il atteindrait l'usine hydro-électrique en vue d'attribuer annuellement
à chaque français un kilowatt d'électricité.
Bientôt, la mise en eau du barrage fut décidée ;
épreuve attendue avec émotion par le maître d’œuvre.
Dans
sa dernière phase, la montée de l’eau fut accélérée
par une crue
importante, qui amena rapidement le niveau à son maxima…
et ça tenait !
Pourtant,
le débit du cours d’eau dépassant soudain celui de la conduite
forcée, l’ordre d’ouvrir la vanne d’évacuation régulatrice fut donné.
C’est
alors qu’à la grande confusion des ingénieurs,
un événement extraordinaire se produisit.
Le barrage se mit à vibrer jusque dans ses assises,
transmettant à la montagne des coups de bélier,
véritables détonations perçues jusqu’au village.
Que
se passait-il ? Avait-on
jamais vu ça ?
Etait-ce
l’âme de Némorin qui tentait une dernière ruse
pour sauver son domaine ?
L’incident
provenait d’une erreur de calcul dans le rapport de pression
à l’intérieur de la vanne, engendrant un phénomène électro-statique.
L’esprit de Némorin avait-il égaré les techniciens dans leurs études ?
Ces
vibrations puissantes auraient fini par miner la construction.
Bien vite, on referma la vanne défectueuse en laissant le flot s’écouler
par dessus la digue ; sage précaution, qui stoppa l’incident.
Dans
les gerbes triomphantes d’une immense cataracte,
la rivière ressuscitée s’en allait de nouveau vers
chez Némorin et Le Bégois ; c’était gagné !

On
aurait pu le croire ; malheureusement, ce phénomène occasionné
par le débit trop important se renouvellera seulement au moment des
crues,
pour devenir curiosité, à l’usage des touristes.
Depuis
25 ans, le café-restaurant n’existait plus, mais la présence
de nombreux travailleurs en réclamait la réouverture.
Ce fut bientôt chose faite, et on le baptisa Café-Restaurant du Barrage.
Les
travaux n’étaient pas encore achevés que, déjà,
des milliers de visiteurs admiraient le chantier.
On y venait par familles entières. Certains jours, les voitures
trouvaient difficilement place, heureusement, l’oncle Pierre était là
pour faciliter les opérations.
Et le barrage terminé, le succès fut complet !
Au
moment des crues, on se bousculait pour voir cette chute d’eau qui,
de l’avis général, était plus jolie que le « Saut du
Doubs ».
Vraiment, ce mur remportait tous les suffrages ;
il mettait en valeur ces gorges qui, disait-on, paraissaient être
venues
postérieurement. A les entendre, cette masse de ciment
leur donnait toute leur beauté et même leur raison d’être !
Aujourd’hui
encore, ces lieux demeurent un but de sortie
pour les gens de la ville. Au restaurant, il faut retenir sa place,
et la truite qu’on y sert, bien que venue d’ailleurs,
est aussi bonne
qu’avant !
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