L’avis historique et actuel des pêcheurs

Pêcheur à la mouche

(Etude des causes de diminution des populations de poissons 
dans les cours d’eau jurassiens, rapport intermédiaire 2001, 
étude effectuée par la fédération cantonale des pêcheurs jurassiens
 et mandatée par l’OFEFP").

« Depuis plusieurs années, les pêcheurs et les observateurs affirment 
que certaines espèces de poissons diminuent dans les cours d’eau. 

En effet, les premiers se plaignent d’une diminution préoccupante 
de leurs prises, tandis que les seconds, amoureux des eaux courantes 
et des milieux aquatiques, dénoncent une
dégradation prononcée  
et constante de la qualité des milieux.

 

 

Où sont passés ???

  • l’époque des parties de pêche du dimanche après-midi qui permettaient un complément de nourriture aux familles jurassiennes ?  (Jean Koegler, com. pers.)

  • le temps des écrevisses prélevées et grillées au bord de l’Allaine à Boncourt ? (Bernard Lachat, com. pers.)

  • les bourriches de blageons prises à Courtemaîche durant des journées entières au bord de l’eau ? (Ami Lièvre, com. pers.)

  • les bancs de milliers d’ombres et de truites frétillant frénétiquement sur leur lieu de reproduction ? (Frédy Meyrat, com. pers.)

  • les parties de pêche à la main frauduleuses effectuées par les écoliers, leurs sandales aux pieds et leur sac au dos ? (Michel Vermot, Jean Pétignat, Raymond Comment, com. pers.)

  • les vols nuptiaux des « ayattes » durant les soirs d’été qui rendaient la chaussée glissante sous les réverbères du pont de Soubey ? (Pierre et Yvan Voirol, com. pers.).

En effet, toutes ces observations ou pratiques ont à peu près disparu 
aujourd’hui et la situation peut se résoudre de la manière suivante : 

elles ont été remplacées par des activités modernes intéressantes,
mais certainement beaucoup moins enrichissantes.

Ce changement d’activités est certes du à la mondialisation 
et au développement économique, mais a certainement trouvé 
son origine et a été soutenu par 
la dégradation progressive de la nature originelle de notre région, 
riche en rivières, ruisseaux et plans d’eau.

 

Le Doubs

Cette rivière contenait une population de truites arborant une robe particulière 
sans points rouges, et comportant quatre bandes noires  
disposées perpendiculairement le long du corps. 
Elle est appelée communément par les pêcheurs 
« La truite du Doubs ».

 

Truite zébrée du Doubs

 

Cette espèce est extrêmement menacée, 
du moins sur le parcours du Doubs
exclusivement jurassien. 

Etant donné qu’il en subsiste une population encore importante 
sur le parcours franco-helvétique (Frédit Meyrat et Eric Wenger, com. pers.), 
où la qualité de l’eau et la morphologie du cours d’eau sont 
comparables à celles du Doubs sur territoire cantonale jurassien, 
mais où l’effet de éclusées est plus important, on peut estimer 
que c’est essentiellement en raison d’une 

gestion de pêche
 inadaptée
que cette truite est en train de disparaître.

Le vairon était autrefois très abondant. 
Les pêcheurs utilisaient d’ailleurs leurs rassemblements nuptiaux 
du mois de juin pour pêcher la truite. 

 

Vairons

 

En effet, des bancs de dizaines de milliers de vairons 
rassemblés sur les sablières pour se reproduire, 
attiraient de dizaines de truites qui se relayaient
 pour chasser dans la masse des vairons. 

Les bancs de milliers de vairons ne se résument 
qu’à quelques centaines actuellement, et les dizaines de truites 
ne sont plus que quelques-unes (Pierre et Yvan Voirol, com. pers.). 

Il faut de plus noter qu’à la suite de prélèvements 
excessifs de vairons pour en faire le commerce, 
la pêche au moyen d’un carrelet a été interdite, il y a 15 ans déjà,
dans l’ensemble du canton. 

Malgré cette mesure importante, la population de vairons, 
selon nous, ne se rétablit pas. 

Le blageon, le toxostome et la vandoise  
étaient présents en grandes quantités jusqu’à la fin des années 70. 

 

Toxostome Blageon Vandoise

 

Les bancs de poissons, 
formés à cette époque de
milliers d’individus, 
ont régulièrement diminué, pour pratiquement disparaître  
à certains endroits que nous observons régulièrement depuis 30 ans. 

Le toxostome, qui n’est d’ailleurs plus signalé qu’à l’aval 
du Moulin du Doubs, est totalement protégé depuis 1999.

Le barbeau enfin, présent parfois en bancs 
de
plusieurs milliers d’individus dans les années 70, 
est aussi en nette régression. 

 

Barbeaux

 

Un dénombrement par plongée effectué par un groupe 
de travail bénévole de pêcheurs le 4 octobre 1997,
 a permis de confirmer les observations faites depuis des années. 

Sur le parcours où cette espèce était la plus abondamment représentée, 
nous n’avons pu retrouver que 

250 individus environ.
 

Depuis 1999, la pêche de ce poisson est limitée, 
voire totalement interdite sur certains tronçons du Doubs. 

Une nouvelle expédition de plongée effectuée en octobre 2001 indique 
que cette mesure n’a eu aucune incidence sur les populations de barbeaux 
qui continuent de décroître et qui montre que, pour l’ensemble des espèces, 
la situation est similaire.

En plus des causes possibles de régression des populations 
de poissons exposées ci-dessus, deux interventions humaines importantes  
ont modifié le milieu dans les années 70, sans que nous puissions 
dire si elles ont eu une influence négative sur les poissons. 
Il s’agit de la mise en service de la station d’épuration de la Chaux-de-Fonds, 
dont l’effluent a été conduit directement dans le Doubs, 
et l’abandon de l’usine électrique de Bellefontaine, qui a supprimé 
partiellement le plan d’eau de Bellefontaine.

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